Baguettes chinoises, de Xinran

Publié le par Pikachu

Pourquoi ce livre ? J’ai lu un billet dans un blog, et ça m’a donné envie de le lire. Il y avait certains points que je voulais éclaircir…

cover 40 - baguettes chinoises 

L’histoire (quatrième de couverture)

« Je vais leur montrer, moi, à tous ces villageois, qui est une baguette et qui est une poutre ! »

C'est ce cri qui a donné envie à Xinran d'écrire cette histoire. Celle, lumineuse, chaleureuse, émouvante, de trois sœurs qui décident de fuir leur campagne et le mépris des autres, pour chercher fortune dans la grande ville.

Sœurs Trois, Cinq et Six n'ont guère fait d'études, mais il y a une chose qu'on leur a apprise : leur mère est une ratée car elle n'a pas enfanté de fils, et elles-mêmes ne méritent qu'un numéro pour prénom. Les femmes, leur répète leur père, sont comme des baguettes : utilitaires et jetables. Les hommes, eux, sont les poutres solides qui soutiennent le toit d'une maison.

Mais quand les trois sœurs quittent leur foyer pour chercher du travail à Nankin, leurs yeux s'ouvrent sur un monde totalement nouveau : les buildings et les livres, le trafic automobile, la liberté de mœurs et la sophistication des habitants...

Trois, Cinq et Six vont faire la preuve de leur détermination et de leurs talents, et quand l'argent va arriver au village, leur père sera bien obligé de réviser sa vision du monde.

C'est du cœur de la Chine que nous parle Xinran. De ces femmes qui luttent pour conquérir une place au soleil. De Nankin, sa ville natale, dont elle nous fait voir les vieilles douves ombragées de saules, savourer les plaisirs culinaires et la langue truculente de ses habitants. Et d'un pays, une Chine que nous découvrons par les yeux vifs et ingénus des trois sœurs, et qui nous étonne et nous passionne car nous ne l'avions jamais vue ainsi.

 

Mes impressions

Après le Japon, la Chine ! Nous voilà donc à Nankin (littéralement « la capitale du sud »).

« Aux yeux des villageois, un petit bourg avec une artère quelques magasins et une artère principale, c’était déjà “le grand monde”. Les enfants ne savaient pas si ce qu’on disait dans les livres était vrai, mais ils étaient persuadés que la ville était plus grande que leur village, plus occidentalisée et les citadins plus cultivés. Presque tous les garçons qui étaient allés à l’école partaient donc en ville chercher du travail, et ne restaient dans les champs que les femmes, les enfants et les personnes âgées. » (P118)

Le contraste entre la ville et la campagne est saisissant en Chine. Baguettes chinoises raconte une partie de la vie de trois jeunes filles chinoises, sœurs dans l’histoire : Trois, Cinq et Six. Leurs noms, ce sont bien des chiffres. Leur père n’allait pas se casser la tête à trouver un nom à ses filles ! À la campagne, c’est de fils qu’on a besoin…

Sur la couverture, on aperçoit trois hanzis :

- (cài), « légume » qui correspond au parcours de Trois
-
(shuǐ), « eau » pour celui de Cinq

- (chá), « thé » pour celui de Six

Ces caractères n’ont pas été pris au hasard ! Trois va travailler à l’imbécile heureux, un restaurant dans lequel elle réalise des compositions avec des légumes. Cinq, la « simplette » de la famille, trouve un emploi au Palais du dragon d’eau, sorte d’institut thermal. Enfin, Six, la plus érudit, a été employée dans une maison de thé à s’occuper de livres.

À ma surprise, j’ai eu des difficultés à me plonger dans ce livre. Je pense que le bon sort réservé à ces jeunes filles est trop beau pour être vrai ! Pour trois réussites, combien se sont retrouvées dans des usines à travailler vingt heures par jour, ou encore à assouvir des pulsions masculines pour quelques yuan… Je suis tellement contente d’être née française !

Je me rappelle avoir discuté avec des Chinois et des Chinoises sur le thème de la politique de l’enfant unique. J’avais été étonnée d’entendre que les Chinois de la ville préféraient avoir une fille plutôt qu’un garçon. Cela s’explique par l’aspect financier : c’est la famille du garçon qui doit fournir le logement du couple. À la campagne cependant, il est plus intéressant d’avoir un fils : il est plus efficace au travail et rapporte plus. À côté de ça, dans les grands groupes industriels, il y a autant d’hommes que de femmes à des postes élevés, et il n’y a pas d’inégalité de salaires…

 

Plus d’info :
Titre : Baguettes chinoises (titre V.O. : Kuaizi guniang)
Auteur : Xinran
Traduction : Prune Cornet
Éditeur : Philippe Picquier
Année d’édition : 2008
Nombre de pages : 342 pages
Prix de vente : 19 €
2,5

 


À venir : 15 contes de l’Inde, de Partap Sharma et Leonard Clark.

Publié dans 2 à 3 Pikachus

Commenter cet article

Hilde 31/03/2010 10:14


Je ne connais pas bien la littérature chinoise. Je note quand même. :-)


Pikachu 31/03/2010 20:02



^^



Iluze 23/03/2010 08:54


Je suis en train de lire "Chinoises" de cet auteur et au contraire de ces trois filles, les femmes dont elle parle n'ont pas été gâtées par la vie !


Pikachu 23/03/2010 10:31



Ce livre est dans ma wish-list. J'espère pouvoir le lire bientôt (je ne l'ai pas vu la dernire fois à la bibliothèque hélas) !



Véro 22/03/2010 21:37


Il est dans mon challenge ABC ... j'espère qu'il me plaira plus qu'à toi.


Pikachu 22/03/2010 23:10



Je l'espère aussi ! Mais comme je l'ai dit en réponse au commentaire précédent, mon billet me semble assez sévère à la relecture. J'ai plus indiqué les points qui m'ont paru étranges que les
points positifs !
Il y a quelques maximes que je me suis notée pour les retenir. Il y a un très beau passage sur l'amour que je t'invite à découvrir à la page 234 !
En tout cas, je pisterai ton avis sur ce livre ;)



Liyah 22/03/2010 18:39


Ton avis n'est pas forcement très emballant pour lire ce livre mais j'aime beaucoup cette auteure alors je pense que si je peux le lire je le ferai !
C'est vrai qu'on ne se rend pas compte mais on a vraiment beaucoup de chance d'être née en France. Ce que tu écris me fait penser a l'Inde. La bas, pour les familles pauvres avoir une fille c'est
signer son arret de mort ! Une fille coute très chère puisque pour la marier il faut payer une dot ! J'ai même appris lorsque j'étais en Inde, que les histoires de famille tuant leur petite fille a
la naissance perdurait dans certains villages très pauvres ! C'est vraiment très dur ! On a décidément beaucoup de chance !


Pikachu 22/03/2010 23:06



Je n'avais pas relu mon article... Maintenant que c'est fait, je me dis que je donne un avis assez négatif. En fait, j'ai eu un peu de mal à me plonger dans ce livre, mais je pense que c'est
parce que ce n'est pas le bon moment, je n'étais pas forcément de la meilleure humeur possible. La vie des femmes à la campagne chinoise est révoltante. Elles ne sont là que pour faire un fils et
faire le ménage (en gros). Bon nombre d'entre elles se suicident faute de pouvoir engendrer un fils. Xinran le signale bien dans ce livre.
A mon avis, le point négatif de ce livre, c'est qu'il raconte l'histoire de trois jeunes femmes qui s'en sortent. Et trois sur trois, ça fait beaucoup ! Je pense que la réalité n'est pas si
belle...
Pour ce qui est de l'infanticide des filles, je pense que l'Inde n'est pas le seul pays touché. La politique de l'enfant unique ne doit pas aider (je sais qu'en Chine en ville, les conditions
sont très strictes, et il est très mal vu d'avoir un deuxième enfant (sanctions financières et ligature des trompes...)).
En tout cas, je conseille aux gens de lire ce livre, il y en a trop peu qui traitent un tel sujet. Il est certe un peu romancé, mais peu ouvrir les yeux de certains !